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Léo Ferré et Pépée Ferré (suite)![]() ![]() ![]()
L'éternité d'un instant Tu causes...tu causes et puis tu flanches dans le no man's land ou dans le désespoir appris a l'école et dans la vie. L'ivresse de l'attente ne va pas sans le concept de tragédie. Les gens qui rient ne sont pas intéressants. Ils s'arrêtent, un jour ou l'autre. Les gens qui attendent la quadratures du cercle finissent toujours par trouver...pas grand chose, à part cette soumission au futur qui se chiffre, tant bien que mal, en une équation incomprise ou dans le rejet total du lendemain. Le suicide ? De la littérature, aussi même simpliste : " Tu vas bien ? - Et toi ? "
On retrouve dans la chanson les étrangers, un passage sur Pépée. "Ma maman m'a cousu une gueule de chimpanzé. Si t'as la gueule d'un bar je m'appelle Pépée Ferré ". Madeleine, Pépée et Léo Ferré
L'éternité d'un instant Cette route de silence. J'ai souvent imaginé le doute, coupé en deux, comme ça, au milieu, attendant que se lève la vérité. Et ces grands arbres datés ! Quel âge ont-elle ces barrières hautes, solitaires qui m'empêchent de sortir de ce "doute" goudronné par les hommes. Sur la route du printemps je t'attendrai la Musique et les oiseaux ne craindront plus qu'une sorte de connivence entre le chant et la peur. Viens ! PARTONS !
![]() Léo Ferré a ne pas confondre avec Pépée ! ![]() ![]() A Finir...A Suivre.... Léo Ferré et Pépée
Ma maman m'a cousu avec une gueule de chimpanzé
En mars 1961, Léo, lors de son premier passage à l’Alhambra, a un véritable coup de foudre pour une petite guenon.Nom de scène : Pépée. Profession : Faire-valoir dans un numéro de chimpanzés savants (The Marquis Family). Ils vont vite devenir inséparables. Une histoire à interloquer le bourgeois. Entre cirque et sabbat. Cet enfant qui n’est pas sorti de ses chromosomes, il l’appelle « ma fille », Pépée docce, Ysengrine, Paritance et de toutes sortes de diminutifs affectueux. On va bientôt savoir : qu’elle a les oreilles de Gainsbourg, des yeux comme des lucarnes, pas mal de virtuosité préhensive et, à l’heure apéritive, une certaine propension à tremper sa banane dans un verre de Cahors. Mi-zoolâtre, il dit, qu’elle est capable de penser et d’arrière-penser comme le font tous les chimpanzés lorsqu’ils ne sont pas en cage ou en laboratoire.
Elle a tout ce qu’il faut pour sortir dans la littérature.
Aux coté de Léo cigarette au bec. Léo Ferré- Bretagne-1963 Toutes les provocations seront bientôt de mise faute d’être toujours admises.
C’est elle qui, en octobre 1962, apparaît puissance, occupante sur la pochette du nouveau disque de Ferré, histoire de monter que son territoire excède maintenant les limites de la bienséance et du bon goût.
C’est elle encore qui, en décembre, signe les invitations pour le récital du théâtre de l’ABC. Elle qu’on promène dans une voiture d’enfant, qu’on embrasse, qu’on bichonne ou qu’on manucure.
![]() Léo et Pépée a Perdrigal-1964 Perdrigal, c'est l'endroit que Léo a choisi pour arrimer son arche de l'amour, dix chien, sept vaches, quarante chats, quarante moutons, cinq chimpanzés, une chèvre, un poney, Arthur le taureau, Moïs le bouc, et le cochon Baba, un Eden animalier ou les bêtes parlent et où les hommes ont des muselières. Et puis, au seuil de la septième année, l’histoire dérape………… L’arche de Perdrigal succombe à la fatalité. Madeleine, la compagne de Léo, s’en va. L’amour a cessé d’être un logiciel commun. Notre moderne Noé est impuissant devant ce nouveau déluge. Pépée, a soudain « les yeux de la mort ». Elle est abattue, le Dimanche 7 avril 1968 par un voisin (chasseur)d'une balle dans la tête tout comme Zaza, un autre chimpanzé, sur ordonnance de Madeleine qui liquidera tous les animaux. "Léo Ferré ne pardonnera pas à Madeleine, sa femme, il chantera Pépée en 1969 et Zaza une chanson beaucoup plus explicite qu'on retrouvera bien plus tard dans l'album posthume de Léo : Métamec ".
Le 10 mai il chante à la Mutualité pour le gala annuel de la fédération anarchiste, comme il le fait chaque année depuis 1948. Il part vivre en Lozère, puis en Ardèche.
Léo et Pépée dans le lot-1964 .Pépée. ![]() T'avais les mains comm' des raquettes Pépée Et quand j' te f' sais les ongles J' voyais des fleurs dans ta barbiche T'avais les oreill' s de Gainsbourg Mais toi t'avais pas besoin d'scotch Pour les r' plier la nuit Tandis que lui... ben oui ! Pépée T'avais les yeux comm' des lucarnes Pépée Comme on en voit dans l' port d'Anvers Quand les matins ont l'âme verte Et qu'il leur faut des yeux d' rechange Pour regarder la nuit des autres Comme on r' gardait un chimpanzé Chez les Ferré Pépée T'avais le cœur comme un tambour Pépée De ceux qu'on voile le vendredi saint Vers les trois heures après midi Pour regarder Jésus-machin Souffler sur ses trent' trois bougies Tandis que toi t'en avais qu'huit Le sept avril De soixante-huit Pépée J'voudrais avoir les mains d' la mort Pépée Et puis les yeux et puis le cœur Et m'en venir coucher chez toi Ça chang' rait rien à mon décor On couch' toujours avec des morts Pépée
"Vous savez, quand je parle de Pépée, c'est difficile. On a dit, sur elle, beaucoup de bêtises. Moi aussi, sans doute.
![]() Perdrigal ![]() Les loups n’ont plus de dents, ils mangent les idées ; A Perdrigal les loups commentent les nouvelles : As-tu vu ce matin mourir une chandelle ? Cette étoile de cire où meurent des années… Il en va de l’espoir comme un tapis de vert. Usé, l’espoir déçu se trame une autre chaîne Sur les brisées de ceux qui portent de la laine, En guise de moutons les loups vont prendre l’air. Je sais de vieux sapins qui n’ont pas leur raison, Ils fleurissent des jours, des mois, des parenthèses. Je sais des paradis perchés sur une chaise A scruter sous la pluie un désir de pardon… Les arbres sont polis quand j’y passe mon cœur, Je me les fais copains d’une ancienne habitude, Et mes racines se mêlant à leur étude, Quand je deviens forêt ils deviennent malheur. Je suis un chêne blond d’un automne déçu, Des perdrix pour la chasse ont mis leur feu arrière, Les chansons de l’été des grillons de naguère Grillent dans le phono vers l’Ouest descendu. Paradis Perdrigal le jaune te va bien, Cette couleur qui fonce a mort les ténèbres, Je me souviens du givré et des lundis funèbres Dans la voiture vers Boulogne avec les chiens… La petite larguée dans ce lycée d’Auteuil, Les chiens larguée au bois pour la joie des renifles, Dans les bois de Pershing nous rentrions « ijlifes », Dévorer du pain blanc dans un café de deuil. Je ne sais pas de ciel qui ne reflète Toi, Je ne sais pas d’oiseau qui n’ait un cri de glaive, Je ne sais pas qu’un devoir qui lentement s’achève Avec la fin du jour, avec la fin de moi. Je ne sais pas de vent qui ne veuille baisser, Je ne sais pas d’oiseau que m »appelle le nid, Je ne sais pas qu’un bonheur enfanté dans la nuit Et que nous élevons avec nos bras scellés. La nature est sévère à qui la prend d’un coup ; Nous sommes des charrues avec des socs de rêve, Et quand nous essayons le grain entre ses lèvres La nature nous rend la monnaie de nos sous. La loupe à l’œil, la plume aux serres, je souris Comme un aigle plus haut que sa littérature, Et mes petits dedans mon aire se figurent Que je vais les sortir avec ma poésie… Les moutons dans les près rêvent d’être mangés, Les loups à Perdrigal boivent le sang de Une, La nuit, quand ils s’en vont hurler dessous la brune, On dirait d’un concert aux archets délivrés. Arbres aux noms perdus, Chênes faits de bouleau, Hêtres décapités par un néant de paille, Foin rêvant d’être acquis aux meilleures ripailles, Fumier devenant Or sous l’arche des museaux… Perdrigal des fureurs jaunes, je te salue ! Je t’apporte un bouquet de fidèle écriture, Un bouquet de parole où la voix démesure Les mots de tous les jours qui n’en finissent plus. Il prier pour moi dans ton ordre païen, Il faut me pardonner mes pas dans ton silence Et me donner le temps pour que mon temps commence, Pour que tout aille mieux et du Mal, et du bien… Il faut me laisser sourire au sourire du bleu, Quand la figure du jardin me fait des signes Et que le sort jaloux relâche ses consignes Pour nous voir respirer ensemble, l’air heureux. Je voyais des maisons dans un glacis de toc, Un chimpanzé volant dans un ciel d’expertise Et mâchant dans sa barbe une rage soumise, Comme certains buveurs mâchent devant un bock… Je voyais une avoine avenante et de chic, Folle, comme on le sait, dans la nuit des conquêtes, Et des ombres frôlant ses grâces de coquette, Saluant de mémoires un frôlement d’aspic. Je saluais les près où se mire le Nord, Dans le vert an allé de ses fins cardinales, Dans la glace posée au pôle d’une eau pâle Qu’un avenir d’hiver a durcie dans sa mort. Un hibou dans les bois joue de la flûte en sol, Des cris, comme une écharpe aux gorges de fauvettes Lui jouent la tierce des terreurs et des boulettes… O lugubres chansons des hiboux parasols ! Un visa pour la plaine, et je m’en vais demain. Les chevaux Cadillac hennissent kérozène, Je les vois arrêtés a l’arrêt Théorème, Piaffer dans le tourment d’un azure incertain. J’entends le train passer son message de fer, Le monde survécu dans un paquet de cendres, Un Boeing éployé qui ne veut plus descendre, O renaître de Vous et remanger la mer ! Repasser sous le plat du fer qui plane et plie, Etre la soie perdue au bord de la blessure, Etre le feu qui rêve du froid de la brûlure, Accaparer du Rien dans un verre d’oubli… .Léo Ferré.1971. A Serge et Jannah Arnoux, mes frère du Lot.
Léo Ferré en Toscane-1985 ![]() .Zaza.
![]() L' bonheur c'est un chagrin qui roule L'bonheur comme les galets ma poule L'bonheur il faut l'tenir en laisse L'bonheur ça t'dit rien ? Si par hasard tu m'rencontres J'ai un compte à régler qui sait pourquoi ? J'm'appelle Zaza Zaza les bras en croix L'bonheur c'est un paquet qui roule L'bonheur à chacun sa chacune L'bonheur t'as qu'à le prendre en fête T'as qu'à le prendre sur l'fait L'bonheur c'est un chagrin qui roule Comme les galets là-bas Si par hazard tu m'rencontres Change de trottoir tu sais pourquoi ? Si par hasard tu m'rencontres L'bonheur c'est un chagrin qui roule L'bonheur comme pierre qui n'amasse pas mousse Tout ça des conneries tout ça c'est la vie C'est la vie j'm'appelle Zaza L'bonheur c'est un machin en fête L'bonheur t'as qu'à le prendre sur l'fait L'bonheur t'as qu'à le foutre en laisse Et puis tu laisses Tu laisses pisser l'mérinos Tu laisses pisser l'mérinos... Mérinos Si par hasard tu m'rencontres Si par hasard tu m'rencontres J'ai un compte à régler tu sais Quoi, quoi, quoi, quoi... J'm'appelle Zaza les bras en croix Y'a longtemps L'bonheur c'est un machin à deux sous L'bonheur tu vas voter mon loup Connasse L'bonheur pour qui tu vas voter ? Connasse Le bonheur vas te faire empâter Si par hasard tu m'rencontres Change de boulevard Je m'appelle qui ça ? Qui ça ? Je m'appelle qui ça ? Tu l'sais bien L'bonheur c'est d'la misère en Dior L'bonheur j'en veux j'en veux encore L'bonheur si par hasard tu l'as J'te fais savoir que j'te fous une trempe L'bonheur Si par hasard tu m'rencontres rappelles-toi Y'a qu'toi qui l'sait SALOPE Salope qu'y dit ! L'bonheur, le bonheur Connasse, connasse Si par hasard tu m'rencontres Change de trottoir voyons Change de trottoir L'bonheur c'est comme les vieilles étoiles Quand ça t'arrive tu mets les voiles L'bonheur moi j'mets les voiles là-bas Là-bas, là-bas où c'qu'y a Zaza Si par hasard tu m'rencontres Change de tailleur change de bonheur Et surtout que j'te r'connaisse pas Si par hasard tu m'rencontres si par hasard L'bonheur c'est pas qu'tu couches avec L'bonheur l'bonheur Si par hasard tu l'rencontres Change de trottoir c'est pas pour toi You see girl ! Vieille girl ! Comment s'est fait ? Comment s'est fait dit ? Comment s'est fait ? L'bonheur c'est un chagrin qui roule L'bonheur ça s'en va dans la foule L'bonheur L'bonheur c'est un mot très ancien Très ancien très ancien Très ancien et même usé L'bonheur quelle gueule ça a ? Moi je n'sais pas Salope Connasse Poubelle C'qu'elle est belle là-bas Regarde la fille sur l' trottoir Regarde regarde elle a seize piges L'bonheur c'est peut-être une allemande L'bonheur c'est peut-être une connasse Ouais comme toi le bonheur Ouais le bonheur j'm'en fous Si par hasard.. Si par hasard... Si par hasard Change de trottoir... Change de trottoir...
.L' éternité de l' instant.
![]() Léo Ferré-Italie 1978
Un arbre, derrière. Un homme, devant. Un chien entre deux. Ces bras fermés sur une page inutile. Ces feuilles que l’on devine attentives à un bruit de pluie sur la vitre. Ce chien s’inventant, peut-être, un désir de course vers l’abîme. cet homme dans le temps d’une photo. ![]() .Pépée France 1967.
Cette bouche plaquée et qui favorise la dégustation. Cette main où la cigarette n’à qu’à bien se tenir au-dessus de l’informulée et de la coudre, solution finale, enfin… Ce personnage du dédain et de la face. Ce texte non dit ce que l’on trouve tristement à LA regarder longtemps. ![]() ![]() Léo et Pépée (suite)
Léo Ferré![]() .Baleine bleue.
Chez moi, il fait toujours nuit dans nos âmes… J’étais d’un grand pays sous-marin et bleuté Bleu, comme la nuit quand elle est bleue… Le bleu ne m’arrivait que par la voix des hommes Moi, j’étais comme il faut le temps de me laver De manger et de parler à mes copains…
L’important est de ne pas imaginer être trop grosse. Ce sont les hommes qui ont peur de moi et ils ont tort. Nous nous parlons de loin avec tous les copains.
Mon chant vient de là-bas où se tiennent les franges Du temps qui passe et que vous mesurez, vous autre, avec des méridiens. Je suis un Cétacé… et vous ? Des chasseurs nucléaires, aujourd'hui ? Depuis les Basques de ce siècle 14… ? Vous voyez bien que je vous comprends, mais nous, le temps, on s'en fout. Il est plus grand que nous, et nous le savons bien. Il est instantané aussi, comme disait Bachelard avec qui j'avais des rendez-vous du côté de la Sorbonne à Paris.
Quand Gaston allumait et tisonnait son feu du matin qui était beaucoup plus important que sa leçon de philosophie, il me disait qu'il préférait rater sa leçon que son feu… Ce n’était pas un chasseur, Bachelard, non, pas un chasseur, un enfant, sans doute, un peu comme les miens que je porte 12 mois dans mon ventre et qui naissent tout petits… 5 ou 6 mètres… Ça dépend des chasseurs. Quand je suis pressée, je force un peu… Alors il s'étire un peu plus… Je préfère rater ma leçon de philosophie que mon petit.
Je pars vers le Sud avec mon amant, trouvé dans le grand Nord, et puis là-bas, Sud Atlantique, nous nous aimons. On se nourrit au lard… de baleine ! On mincit tout l'été et on baise, oui, comme vous, avec, en plus, cette illusion que nous avons de l'aventure sous-marine et des chants dont nous nous émerveillons.
Nous entendons de loin, de très loin. Nous nous parlons, nous nous aimons encore, et puis, à l'automne, nous nous quittons et dans les algues inventées nous chantons la bruyère avec Apollinaire « j’ai cueilli ce brin de bruyère, l’automne est morte souviens-t’en Nous ne nous verrons plus sur Terre. Odeur du temps brin de bruyère. Et souviens toi que je t’attends » Et puis vinrent les Basques… Siècle 14. Nous autres, nous chiffrons comme le carbone… 14 ou 15… On n'en a rien à foutre…
Et puis vinrent les Basques… Siècle 14… Ils se pointaient jusqu'au Labrador… Lèvres d'or… Pas peureux, les Basques ! Et je t'enchanterai mon petit du Québec et tu ne sauras pas que mon fils est là-bas, dans le Grand Nord, et que je l'ai laissé, moi drivant vers la Côte… C'est bien le Larousse du siècle 20, au début, qui raconte des portes ouvertes : " Ou bien on attend la bête sur la Côte ou bien on va la chercher en pleine mer ".
Pardi !
A l'automne, saison morte, comme les amours… Je me retrouvais seule, enceinte, et comme un fil. Le lard… mon lard s'était barré… Il le nourrit, ce petit ! J'allais me taper du krill et comme il faut, faites-moi confiance ! Suivant la chance, des fois, je faisais un bon coup : de sept à huit cents kilos de Krill… Ce n’était pas dégueulasse. Les trois étoiles, vous pouvez toujours vous les accrocher dans votre Michelin, Hommes Tergaliens, Hommes de la lignée des Seiko à quartz, Fumiers d'outre passé, Etang de l'Aventure assise et dans les cliniques de chair apprivoisée.
Vous pouvez nous chasser, vous pouvez faire de moi, Baleine Bleue, bleue comme les crépuscules indécents quand le soleil les innocente, bleue comme les particules psychologiques de la Vierge tu connais ? Vous pouvez faire de moi, mesurant 18 mètres et pesant 50 tonnes, vous pouvez inventer à partir de ma vie, loin de vos turpitudes et de vos nucléaires prétentions d'ailleurs, vous verrez bientôt la marée nucléaire et avec tous mes compliments vous pouvez faire de moi 7 tonnes de lard -moins celui que j'aurais usé pour mon petit et puis 22 tonnes de viande, et puis 9 tonnes d'os, et puis 2 tonnes de viscères, et puis, tenez-vous bien, une tonne et demi de langue… et puis vous pouvez dire que je ne parle pas.
Si je ne parle pas encore votre langage, j'ai tout de même de quoi vous lécher le sentiment… Avec tout le respect que je vous dois…
Moi BALEINE BLEUE…C’EST MOI ! !
.Léo Ferré. E xtrait de l’opéra du pauvre
il n'y a plus rien
Ecoute, écoute… Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le cœur à l’heure, avec le sable qui se remonte un peu, comme les vieilles putes qui remontent leur peau, qui tirent la couverture.
Immobile… L’immobilité, ça dérange le siècle. C’est un peu le sourire de la vitesse, et ça ne sourit pas lerche, la vitesse, en ces temps.
Les amants de la mer s’en vont en Bretagne ou à Tahiti…
Il n’y a plus rien
Camarade maudit, camarade misère…
Misère, c’était le nom de ma chienne qui n’avait que trois pattes.
L’autre, le destin la lui avait mis de côté pour les olympiades de la bouffe et des culs semestriels qu’elle accrochait dans les buissons pour y aller de sa progéniture.
Elle est partie, Misère, dans des cahots, quelque part dans la nuit des chiens.
Camarade tranquille, camarade prospère,
Quand tu rentreras chez toi
Pourquoi chez toi ?
Quand tu rentreras dans ta boîte, rue d’Alésia ou du Faubourg
Si tu trouves quelqu’un dans ton lit,
Si tu y trouves quelqu’un qui dort
Alors vas-t’en, dans le matin clairet.
Seul
Te marie pas
Si c’est ta femme qui est là, réveille-la de sa mort imagée
Fous-lui une baffe, comme à une qui aurait une syncope ou une crise de nerfs….
Tu pourras lui dire : « t’as pas honte de t’assumer comme ça dans ta liquide sénescence.
Dis, t’as pas honte ? Alors qu’il y a quatre-vingt-dix mille espèces de fleurs ?
Espèce de conne !
Et barre-toi !
Divorce-la
Te marie pas !
Tu peux tout faire : t’empaqueter dans le désordre, pour l’honneur, pour la conservation du titre…
Le désordre, c’est l’ordre moins le pouvoir !
Il n’y a plus rien
Je suis un nègre blanc qui mange du cirage
Parce qu’il se fait chier à être blanc, ce nègre, il en a marre qu’on lui dise : sale blanc ! »
A Marseille, la sardine qui bouche le port était bourrée d’héroïne et les hommes- grenouille n’en sont pas revenus… Libérez les sardines et y’aura plus de mareyeurs !
Si tu savais ce que je sais on te montrerait du doigt dans la rue. Alors il vaut mieux que tu ne saches rien comme ça, au moins tu es pénard, anonyme, citoyen !
Tu as le droit, Citoyen, au minimum décent. A la publicité des enzymes et du charme au trafic des dollars et aux fabriquant d’armes qui traînent les journaux dans la boue et le sang. Tu as droit à ce bruit de la mer qui descend, et si tu veux la prendre elle te fera du charme avec le vent au cul et des sextants d’alarme et la mer reviendra sans toi si tu es méchant.
Les mots… toujours les mots, bien sûr !
Citoyens ! Aux armes !
Aux pépées, citoyens ! A l’amour, Citoyens !
Nous entrerons dans la carrière quand nous aurons cassé, la gueule à nos aînés !
Les préfectures sont des monuments en airain… un coup d’aile d’oiseau ne les entame même pas… c’est vous dire !
Nous ne sommes même plus des juifs allemands nous ne sommes plus rien
Il n’y a plus rien
Des futals bien coupés sur lesquels lorgnent les gosses, certes !
Des poitrines occupées, des ventres vacants.
Arrange-toi avec ça !
Le sourire de ceux qui font chauffer leur gamelle sur les plages reconverties et démoustiquées, c'est-à-dire en enfer là où dieu met ses lunettes noires pour ne pas risquer d’être reconnu par ses admirateurs
Dieu est une idole, aussi !
Sous les pavés y a plus la plage,
il y a l’enfer et la sécurité.
Notre vraie vie n’est pas ailleurs elle est ici.
Nous sommes au monde, on nous l’a assez dit, n’en déplaise à la littérature.
Les mots, nous leurs mettons des masques, un bâillon sur la tronche
A l’encyclopédie, les mots ! Et nous partons avec nos cris !
Et voilà !
Il n’y a plus rien…plus, plus rien
Je suis un chien ?
Perhaps !
Je suis un rat
Rien
Avec le cœur battant jusqu’à la dernière battue.
Nous arrivons avec nos accessoires pour faire le ménage dans la tête des gens :
Apprends donc à te coucher tout nu !
Fous en l’air tes pantoufles !
Renverse tes chaises !
Mange debout !
Assoies-toi sur des tonnes d’inconvenances et montre toi à la fenêtre en gueulant des gueulantes de principe.
Si jamais tu t’aperçois que ta révolte s’encroûte et devient une habituelle révolte, alors,
Sors,
Marche,
Crève,
Baise,
Aime enfin les arbres, les bêtes et détourne-toi du conforme et de l’inconforme.
Lâche ces notions, si ce sont des notions.
Rien ne vaut la peine de rien
Il n’y a plus rien…plus, plus rien
Invente des formules de la nuit : CLN… c’est la nuit !
Même au soleil, surtout au soleil, c’est la nuit !
Tu peux crever… les gens ne retiendrons même pas une de leur inspiration.
Ils canaliseront sur toi leur air vicié en des regrets éternels puant le certificat d’études et le catéchisme ombilical.
C’est vraiment dégueulasse.
Ils te tairont, les gens.
Les gens taisent l’autre, toujours.
Regarde, à table, quand ils mangent…
Ils s’engouffrent dans l’innomé.
Il se dépassent eux-mêmes et s’en vont vers l’ordure et le rot ponctuel !
La ponctuation de l’absurde, c’est bien ce renversement des réacteurs abdominaux, comme à l’atterrissage : on rote et on arrête les massacres.
Sur les pistes de l’inconscient, il y a des balises baveuses toujours un peu se souvenant du frichti, de l’organe, du repu.
Mes plus beaux souvenirs sont d’une autre planète. Où les bouchers vendaient de l’homme à la criée.
Moi je suis de la race ferroviaire qui regarde passer les vaches. Si on ne mangeait pas les vaches, les moutons et les restes, nous ne connaîtrions ni les vaches ni les moutons ni les restes…
Au bout du compte, on nous élève pour nous becqueter.
Alors becquetons !
Côte à l’os pour deux personnes tu connais ?
Heureusement il y a le lit : un parking !
Tu viens, mon amour ?
Et puis, c’est comme à la roulette : on mise, on mise…
Si la roulette n’avait qu’un trou, on nous ferait miser quand même.
D’ailleurs, c’est ce qu’on fait !
Je comprends les joueurs : ils ont trente-cinq chances de ne pas se faire mettre…
Et ils mettent, ils mettent…
Le drame dans le couple, c’est qu’on est deux
Et qu’il n’y a qu’un trou dans la roulette…
Quand je vois un couple dans la rue, je change de trottoir.
Te marie pas.
Ne vote pas !
Sinon t’es coincé
Elle était belle comme une révolte.
Nous l’avions dans les yeux, dans les bras, dans nos futals.
Elle s’appelait l’imagination.
Elle dormait comme une morte, elle était comme morte.
Elle sommeillait
On l’enterra de mémoire.
Dans le cocktail Molotov, il faut mettre du martini, mon petit !
Transbahutez vos idées comme de la drogue… tu risques rien à la frontière.
Rien dans les mains
Rien dans les poches
Tout dans la tronche !
Vous n’avez rien à déclarer ?
Non. Comment vous nommez vous ?
Karl Marx.
Allez, passez !
Nous partîmes… nous étions une poignée…
Nous nous retrouverons bientôt démunis, seuls avec nos projets d’imagination dans le passé Ecoutez-les… écoutez-les…
Ça râpe comme le vin nouveau.
Nous partîmes… nous étions une poignée
Bientôt ça débordera sur les trottoirs.
La parlotte ça n’est pas un détonateur suffisant
Le silence armé, c’est bien mais il faut fermer sa gueule…
Toutes des concierges !
Ecoutez-les
Il n’y a plus rien
Si les morts se levaient ?
Hein ?
Nous étions combien ?
La tristesse, toujours la tristesse…
Ils chantaient, ils chantaient…
Dans les rues
Ne vote pas
O DC-8 des pélicans
Cigognes qui partent à l’heure.
Labrador lèvres des bisons.
J’invente en bas des rennes bleus.
En habit rouge du couchant.
Je vais à l’Ouest de ma mémoire.
Vers la clarté vers la clarté.
Je m’éclaire la nuit dans le noir de mes nerfs.
Dans l’or de mes cheveux j’ai mis cent mille watts.
Des circuits sont en panne dans le fond de ma viande.
J’imagine le téléphone dans une lande
Celle où nous nous voyons moi et moi.
Dans cette brume obscène au crépuscule teint
Je ne suis qu’un voyant embarrassé de signes
Mes circuits déconnectent
Je ne suis qu’un binaire.
Mon fils, il faut lever le camp comme lève la pâte
Il est tôt lève toi prends du vin pour la route.
Dégaine-toi du rêve anxieux des bien assis
Roule Roule mon fils vers l’étoile idéale
Tu te rencontreras tu te reconnaîtras
Ton dessin devant toi, tu rentreras dedans
La mue ça se fait à l’envers dans ce monde inventif
Tu reprendras ta voix de fille et chanteras demain
Retourne tes yeux au-dedans de toi.
Quand tu auras passé le mur du mur.
Quand tu auras outrepassé ta vision
Alors tu ne verras rien
Il n’y a plus rien
Que les pères et les mères
Que ceux qui t’on fait
Que ceux qui ont fait tous les autres
Que les « monsieur »
Que les « madame »
Que les « assis » dans les velours glacés, soumis, mollasses.
Que ces horribles magasins bipède et roulants
Qui portent tout en devanture
Tous ceux à qui tu pourras dire
Monsieur !
Madame !
Laissez donc ces gens-là tranquilles
Ces courbettes imaginées que vous leur inventez
Ces désespoirs soumis
Toute cette tristesse qui se lève le matin à heure fixe pour aller gagner VOS sous
Avec les poumons resserrés
Les mains grandies par l’outrage et les bonnes mœurs
Les yeux défaits par les veilles soucieuses…
Et vous comptez vos sous ?
Pardon… LEURS sous !
Ce qui vous, déshonore
C’est la propreté administrative, écologique dont vous tirez orgueil
Dans vos salles de bain climatisées
Dans vos bidets déserts en vos miroirs menteurs…
Vous faites mentir les miroirs
Vous êtes puissants au point de vous refléter tels que vous êtes
Cravatés
Envisonnés
Empapaoutés de morgue et d’ennui dans l’eau verte qui descend des montagnes et que vous vous êtes arrangé pour soumettre
À un point donné,
À heure fixe
Pour vos narcissiques partouzes.
Vous vous regardez et vous ne pouvez même plus vous reconnaître.
Tellement vous êtes beaux.
Et vous comptez vos sous
En long
En large
En marge
De ces salaires que vous lâchez avec précision
Avec parcimonie
J’allais dire « en douce » comme ces aquilons avant-coureurs et qui racontent les exploits du bol alimentaire, avec cet apparat vengeur et nivellateur qui empêche toute identification…
Je veux dire que pour exploiter votre prochain, vous êtes les champions de l’anonymat.
Les révolutions ? Parlons-en !
Je veux parler des révolutions qu’on peut encore montrer, parce qu’elles vous servent,
Parce qu’elle vous ont toujours servis, ces révolutions de « l’histoire »
Parce que les « histoires » ça vous amuse, avant de vous intéresser,
Et quand ça vous intéresse, il est trop tard, on vous dit qu’il s’en prépare une autre.
Lorsque quelque chose d’inédit vous choque et vous gêne,
Vous vous arranger la veille, toujours la veille, pour retenir une place,
Dans un palace d’exilés, entouré de prestige des déracinés.
Les racines profondes de ce pays, c’est vous, parait-il,
Et quand on vous transbahute d’un « désordre de la rue », comme vous dites, à un « ordre nouveau » comme ils disent, vous vous faites greffer au retour et on vous salue.
Depuis deux cent ans, vous prenez des billets pour les révolutions.
Vous seriez même tentés d’y apporter votre petit panier, pour n’en pas perdre une miette, n’est-ce pas ?
Et les « voyous » qui vous amusent ces « voyous » qui vous dérangent aussi, on les enveloppe dans un fait-divers pendant que vous enveloppez les « vôtre » dans un drapeau.
Vous vous croyez toujours, vous autres, dans un haras !
La race ça vous tient debout dans ce monde que vous avez assis. Vous avez le style du pouvoir.
Vous arrivez même à vous parler à vous-même.
Comme si vous parliez à vos subordonnés
De peur de quitter votre stature vos boursouflures, de peur qu’on vous montre du doigt, dans les corridors de l’ennui et qu’on dise : « tiens, il baisse, il va finir par se plier, par ramper » Soyez tranquilles ! Pour la reptation, vous êtes imbattables ; seulement, vous ne vous la concédez que dans la métaphore… vous voulez bien vous allonger mais avec l’allure.
Cette « allure » que vous portez, Monsieur, à votre boutonnière
Et quand on sait ce qu’a pu vous coûter de silences aigres, de renvois mal aiguillés.
De demi sourires séchés comme des larmes
Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer votre visage
Je me demande pourquoi la Nature met
Tant d’entêtement,
Tant d’adresse
Et tant d’indifférence biologique
À faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères
Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaire
Jusqu’aux salonnardes équivoques où vous les dressez à boire, dans votre grand monde, à la coupe des bien-pensants.
Moi je suis un bâtard
Nous sommes tous des bâtards
Ce qui nous sépare, aujourd’hui, c’est que votre bâtardise à vous est sanctionnée par le code civil
Sur lequel avec votre permission, je me plais à cracher, avant de prendre congé.
Soyez tranquille, vous ne risquez rien.
ILN’Y APLUS RIEN
Et ce rien, on vous le laisse !
Foutez-vous en jusque-là, si vous pouvez,
Nous, Nous on peut pas.
Un jour, dans dix mille ans
Quand vous ne serez plus là,
Nous aurons TOUT
Rien de vous ;
TOUT de NOUS
Nous aurons eu le temps d’inventer la Vie, la beauté, la jeunesse,
les larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles
Le sourire des bêtes enfin détraquées
La priorité à gauche, Permettez !
Nous ne mourrons plus de rien.
Nous vivrons de tout
Et les microbes de la connerie que vous n’aurez pas manqué de nous léguer montant
De vos fumures
De vos livres engrangés dans vos silothèques,
De vos documents publics,
De vos règlements d’administration pénitentiaire
De vos décrets
De vos prières même,
Tous ces microbes …
Soyez tranquilles
Nous avons déjà des machines pour les révoquer
NOUS AURONS TOUT
Dans dix milles ans
Et gueule le bien fort que le pouvoir quel qu’il soit c’est de la merde...
.Léo Ferré-Il n'y a plus rien.
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