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.La Mort d'Orion.
Où l’horizon prend fin où l’œil jamais de l’homme n’apaisera sa faim au seuil enfin de l’univers sur cet autre revers trouant le ciel de nuit d’encre d’ennui profond se font et se défont les astres.
Par delà les grands univers où les colonies de la terre prolifèrent la grande nébuleuse noire dont voici dix mille ans fut l’histoire. Depuis qu’ils cheminaient par dix et cent milles pour délaisser la terre et ses anciennes villes. Depuis qu’ils voulaient voir, ce peuple fou, ailé, la nébuleuse noire depuis donc et déjà tant de siècles passés qu’ils avaient délaissés la terre. Ce peuple solitaire s’éprit de ses vestiges et voulus en revoir la tige. Or pendant que coulaient tous ces millions d’années sur la planète mère les survivants damnés redoraient le parvis de leur vie ; cependant que croulait interminablement un bruit de poussière et de vent et que s’affaissait le béton que coulait le peuple d’Orion. On a vu bien d’autres étoiles depuis, allumées comme au fond d’un puits, ceci remonte a bien longtemps sur Orion que la mort attend, un prêtre fait asseoir les hommes à genoux et le peuple incompris prie. Ooooh ! Orion ne verra plus jamais le pays Et la lune sa sœur aura bien loin d’ici des ailes Les cieux comme dans un taudis privés de leurs dentelles baissent les yeux.
Au milieu des cerisiers blancs, sur son cheval, le prêtre a des ciseaux d’argent, il a les mains couvertes de papier doré, le devant de son visage, le devant de son visage est décollé. Les grands arbres se dressent, les yeux mouillés et leurs cheveux comme des tresses qui cachent le soleil., les fleurs sont comme des oreilles et tout homme est pareil, mais chacun se retourne dans son sommeil vers le soleil… Comme le premier… Nous même si nos membranes fragiles, nous rendent un peu moins agiles, ensemble nous franchirons les mers de notre planisphère, reprendrons nos mines de fer si on nous laisse faire, si on nous laisse faire. Et l’autel est dressé sur ses deux mains sur ses deux bras blessés regardant vers le nord les mains tendues comme une plante carnivore. Et de plus loin que l’on entend les rires, déjà morts sortir de leurs bouches de cire, il faut les laisser faire, ce ne sont que des mammifères. Dans ce monde de proses où tout est mou, rien ne tient quand on le pose… Et voici ce que chante le peuple d’Orion qui reste seul qui n’a plus, n’y raison n’y maison Nous même si nos yeux sont trop clairs nous retournerons sur la terre ensemble s’il faut venger nos morts s’il faut souffrir encore nous incinérons leurs corps si on veut de nous encore si on veut de nous encore Nous Même si nos membranes fragiles nous rendent un peu moins agiles ensemble nous franchirons les mers de notre planisphère reprendront nos mines de fer si on nous laisse faire si on nous laisse faire.
Orion Sentant sa fin venir Dressa ses habitants contres leurs souvenirs contre leurs souvenirs… Depuis longtemps, depuis longtemps riche de tout ce peuple parasite auquel nous rendions visite souvent, fit notre faillite. D’où il les avait mis sur le sol d’Orion Il pointa ses canons de la tête première Vers l’horizon puis vers la terre.
Par delà les plus hauts monts au milieu des goémons vit Salomon pareil au preux chevalier teutonique comme les lépreux sataniques et dont la descendance princière et millénaire un jour pour toujours, quitta la terre. Depuis longtemps, depuis longtemps riche de tout comme un coquillage dont la coquille est sans âge, Salomon ignorait d’autres rivages. C’est au creux d’une lagune dont il cheminait les dunes descendant du ciel en spirale Tombèrent les anges des étoiles. tenant à peine debout ensevelis par la boue le sable mou leur semblant comme autant de serpents ils détruisirent tout en un instant. Depuis longtemps, depuis longtemps jaloux de tout debout dans leurs caravelles ce peuple aux formes nouvelles fit tomber nos citadelles d’un coup d’aile. Par delà les plus hauts monts au milieu des goémons vivait Salomon pareil au preux chevalier teutonique comme les lépreux sataniques et dont la descendances princière et millénaire pour couvrir son corps un jour creusa la terre. Les fossoyeuses marines trouveront dans sa poitrine tant de vermines qui malgré les grands prêtres d’Orion se nourrissant de lui revivront. Ooooh ! Orion ne verra plus jamais le pays Et la lune sa sœur aura bien loin d’ici Des ailes Orion n’aura jamais s’il faut, pleuré, grandi Quoiqu’aura bien vécu du moins à ce qu’on dit Sans elle Les cieux comme dans un taudis privés de leurs dentelles baissent les yeux.
Nous par le droit que nous donne notre âge réduisons nos fils à l’esclavage ensemble ; si demain chacun d’eux nous ressemble il faudra faire en sorte qu’aucun d’eux ne ressorte du monde dont nous fermons les portes.
Que la légende d’Orion soit morte.
Sous leur crâne en poussière
On dirait qu’il son fiers de leurs idées.
Sur leurs chevaux rayés
Les canons enrayés de la beauté
Vivent les hommes.
N’oubliez pas non plus
Qu’on ne reconnaît plus ses amis
Les rides entrecroisées
Le visage froissé
De brebis
Vivent les hommes
Ils ont petits, grandis, démesurés
N’essayez de les mesurer
Ils ont des horizons plus hauts que les maisons
De dix étages et bien plus hauts que les nuages
Le chagrin les domine
Comme un vieux puits de mine
Abandonné
Les profonds souterrains
Qui leur creusent les reins
Condamnés
Vivent les hommes
Chaque jour affairés
Le long des voies ferrées
De banlieue
Les voilà qui s’installent
A table, les mains sales
Vivent les hommes
Ils ont petits, grandis, démesurés
N’essayez de les mesurés
Ils ont des horizons plus hauts que des maisons
De dix étages et bien plus haut que les nuages
Vivent les hommes.
Ils ont le même aspect que nous
Quand nous sommes a genoux
Droits comme le temple d’Angkor
Leur tête sur leur corps.
On ne nous aimera jamais et si la pluie coule désormais
De nos visages
Pareil au fond d’un marécage
Nos idées se libèrent.
Et il nous faut tourner la page
Et il nous faut tourner la page.
Il en est qui viennent au monde en riant
Leurs dents tombent
On leur donne la religion
Qui passe
Dans la région
Si notre ciel est toujours gris
Et si notre ventre est rempli
De pourriture
Ce n’est pas tant la nourriture
Mais plutôt
L’exemple
De tous les Dieux de nos temples
De tous les Dieux de nos temples
Il en existe deux par an
Qui cherchent leurs parents
On les retrouve au fond d’un puits
Le ventre plein de pluie
On ne nous aimera jamais et si la pluie coule désormais
De nos visages…
Si notre ciel est toujours gris et si notre ventre est rempli
De pourriture…
On ne nous aimera jamais…
On ne nous aimera jamais…
Hier en traversant la rue je me suis reconnu tête nue
Méconnu
J’ai changé de trottoir avec dix ans de plus
Je me suis rattrapé quelques instants plus tard par hasard
C’est bizarre
Je suis passé devant moi sans me voir.
Le paradis terrestre
Voyez ce qu’il en reste
C’est une terre aride
Les yeux au fond des rides
C’est un chemin plus difficile qu’on ne croit
C’est un chemin de croix.
Je me suis rattrapé ce soir là dans une impasse
Où l’on passe
Tête basse
Je me suis retourné pour bien me voir en face.
Je me suis pris à la gorge
J’ai serré…
J’ai serré…
J’ai serré…
D’être meilleur ou pire à l’avenir
Mais qui sait ce qu’il va devenir
Le paradis terrestre
Voyez ce qu’il en reste
C’est une terre aride
Les yeux perdu au fond des rides
C’est un chemin plus difficile qu’on ne croit
C’est un chemin de croix.
Hier en traversant la rue je me suis souvenu
D’avoir vu
Tête nue
Quelqu’un qui ne me semblait pas inconnu
Je me suis revu qu’une fois l’année dernière
J’avais l’air
D’être en l’air
A quelque centimètres au dessus de la terre.
Couvrez-moi de fleurs s’il le faut
Laissez venir l’homme à la faux
Et si me coudre les paupières
Au moins ne me riez derrière-moi
Laissez me parlez à l’oreille
Et faite miel de moi l’abeille
Et dans mon ombre laissez vivre
Quand bien même le bateau ivre
Sombre
Croyez-moi dans ce monde ci
Jamais on ne m’a dit merci
Où que ce fût, où que ce soit
Qui que ce fût, oncques ce soit
S’en fût.
C’est pour ma chair fragile et morte
Que je prie de vous de la sorte
Qu’on ne m’ait pas en terre admis
Sans que l’on y descende aussi…
Que reste ici de mon passé
Dans ce caveau frais repassé
L’habit de noce et le carton
De ma langue et de mon menton
L’os
L’ongle a peine de désigner
Faisant main comme l’araignée
Les yeux se taisent, et la cornée
Dessous l’arcade cimentée
Pèse
Couronnez-moi de fleurs mauves
Si voyez que ma vie se sauve
Et des ténèbres ayez raison
Lirez lumière de l’oraison
Funèbre.
Prenez soin de moi si pouvez
Faites de vos bouches un avé
Que Dieux le dépose ou l’apporte
S’il fut seul au pied de ma porte
Close
Couvrez-moi de fleur s’il le faut
Laissez venir l’homme à la faux
Couvez-moi de fleurs s’il le faut…
.Gérard Manset. La Mort d'Orion.
.Le bonheur dans l'esclavage..Tristes tropiques. On nous parle d’Indiens qui souffrent et se font raresNe somme-nous pas nous-mêmes peuples opprimésPas d’étuis péniens, pas de curareMais la même terreur qui force à reculerQui partez le matin, revenez le soirEn vivant de cueillette et de faux espoirsSur des terrains de chasse dérisoiresIl vous reste quand même le droit d’êtres uniquesNe pas singer les autres, comme une biqueNe pas aller dansant de façon mécaniqueSur les fumées d’encens des tristes tropiquesParmi les sons de flûte apocalyptiquesQui partez le matin, revenez le soirChasseurs collecteurs, vêtus de noirSi la forêt se meurt, putrifieCe n’est pas pour autant comme un défiDes atlantides encores s’engloutissentMais ce qui meurt un jour, un jour revitDans le bruit des grands arbres et celui des sciesIl vous reste quand même le droit d’être assisNe pas singer les autres, faire comme siNe pas aller dansant de façon mécaniqueSur les fumées bleues des tristes tropiquesParmi les sons de flûte apocalyptiquesIndiennes nues, femmes sans âgeQui serez devenues tourbe ou feuillageVous vous réveillerez, le marécageSera couvert d’acier, jusqu’aux nuagesEt devant les piscines en marbre de CararreLes Indiens viennent mourir et se font raresNe somme-nous pas nous-mêmes indiens des plus raresPour nous sauver peut-être il n’est pas trop tardComme il faut bien finir un jour, quelque partNous irons nous tapir, dans une mareDans un de ces lagons épargnés de l’histoireOù le sable est maison, le vent musiqueDans un de ces lagons des tristes tropiques.Manset. |
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